2006 - Le défi alimentaire de demain

Les 3/4 des personnes âgées vivent avec un problème de santé chronique et 60% ont une ou plusieurs ordonnances actives. La moitié des femmes de 85 ans ou plus vit seule, comparativement à 20% pour les hommes. 30% de la population âgée vit sous le seuil de la pauvreté. 11% des femmes âgées et 7% des hommes âgés ont un poids insuffisant. 42% des personnes âgées présentent un risque de malnutrition car elles ne consomment pas tous les éléments essentiels au maintien d’une bonne santé.

Rappelons que le vieillissement s’accompagne de plusieurs changements physiologiques modifiant entre autres la composition corporelle, les besoins énergétiques et l’appétit. La diminution des activités physiques et la sédentarité jouent également un rôle important. D’autres situations de vie contribuent à réduire les apports alimentaires des personnes âgées : la diminution des revenus, la solitude, la perte des rôles sociaux, les fausses croyances alimentaires ou les diètes restrictives poursuivies à long terme sans que l’indication n’en soit revue. On dit que les personnes âgées entendent beaucoup plus les messages de santé publique (pas toujours adaptés à cet âge) car elles se sentent davantage vulnérables. Finalement, les maladies chroniques plus fréquentes augmentent les besoins nutritionnels tout en entraînant une baisse de l’appétit, de la capacité de se procurer les aliments, de les préparer et de se nourrir adéquatement.

On projette une augmentation incroyable du nombre de personnes âgées qui passera à 25% en 2031 alors que la majorité des baby-boomers auront dépassés les 65 ans, soit 1 personne sur 4 (près du double de la population actuelle). Cette proportion continuerait d’augmenter mais à un rythme plus lent pour atteindre les 30% en 2056. De plus, la proportion d’aînés âgés de 80 ans ou plus représentera 1 Canadien sur 10 en 2056, comparativement à 1 sur 30 en 2005.

Avec l’arrivée massive de ces personnes âgées qui seront à l’avant-garde de tous les nouveaux produits sur le marché, nous pouvons prédire de grands changements dans nos cuisines. En effet, nos futurs aînés exigeront des repas faibles en gras saturés, sans gras trans, riches en omega-3, riches en fibres solubles, riches en calcium et vitamine D, faibles en sodium, faibles en sucres concentrés, faibles en radicaux libres, riches en isoflavones, en phytoestrogènes, en polyphénols et en antioxydants. OUF! Concrètement, ils voudront plus de poisson, moins de viande rouge, plus de produits de soya (tofu par exemple), des huiles monoinsaturées, du vin rouge, du thé vert et du chocolat noir à 70%. Sans compter l’importance des produits biologiques, des produits ethniques intégrés à nos nouvelles habitudes alimentaires (pesto, purée de pois chiches, sushi etc.) et des aliments plus faciles à mastiquer car nos aînés, même plus âgés auront toutes leurs dents!

Bien sûr, cela ne pourra être possible sans hausser le prix des repas car l’augmentation de la demande de produits particuliers est directement liée à la fabrication spécialisée, mais aussi à la hausse du prix du pétrole (transport). Malheureusement, on coupe de plus en plus dans la production alimentaire, la remplaçant par l’achat de produits préparés à l’extérieur, pas toujours bons pour la santé et la variété dans les cuisines diminue tranquillement.

Selon les chercheurs, la santé nutritionnelle des aînés repose avant tout sur leur propre reconnaissance du rôle de l’alimentation dans le maintien de leur santé et sur des mesures générales de notre société pour assurer aux aînés plus vulnérables des mesures de compensation pour pallier leurs difficultés. Les popotes roulantes en sont un exemple appréciable depuis des années et elles se doivent de s’adapter aux nouvelles réalités de la population.

Vous apportez non seulement les aliments nutritifs qui réconfortent mais vous êtes également les messagers d’une meilleure information sur l’alimentation. Vos cuisinières font des miracles et vos baladeurs sèment la bonne nouvelle!

Catherine Stucky, Dt.P.